Ce soir, j'anime mon second café citoyen avec la Nouvelle Arcadie sur le thème "Le pouvoir peut-il revenir aux citoyens ?"En cherchant quelques infos sur le sujet, j'ai trouvé deux ou trois documents canadiens et français qui donnent à réfléchir.
Le problème n'est pas nouveau puisqu'en 1998, un sondage publié au Canada dans " Actualité " nous apprenait que 4% seulement des électeurs "faisaient très confiance à leurs hommes politiques". Plus récemment, au cours de la dernière campagne électorale au Québec, d'autres sondages ont révélé que 70% des électeurs "ne croyaient pas que les promesses faites par les candidats seraient tenues".
Les formes actuelles de la démocratie n'inspirent plus, depuis trop longtemps déjà, confiance aux citoyens et la question mérite donc toujours que l'on y réfléchisse. Le site justiceplus.org détermine 7 causes à cette défiance des citoyens canadiens que nous pouvons reprendre à notre compte :1 - La valeur nulle de tout engagement préélectoral : Le citoyen s'est résigné aux pirouettes de ses élus et n'a plus confiance au contrat implicite entre lui et ses représentants
2 - La marginalisation de l'Assemblée Nationale : Le député, celui qui en théorie nous fait nos lois et devrait représenter l'électeur, ne reçoit donc plus de mandat réel et ne représente plus personne: il ne représente que le parti politique qui l'a choisi comme candidat et ne rend de compte qu'à celui-ci
3 - L'aliénation du citoyen de la chose publique : Le citoyen ne croit plus que quiconque prétend le représenter au sein de l'État soit vraiment SON représentant et il est donc totalement aliéné de la chose publique.
4 - Le biais médiatique qui déséquilibre le dispositif électoral : L'électeur en est réduit à voter pour une image et un visage: nous sommes en "démocratie cosmétique". Le politicien a le visage et l'image de ses moyens et de ses appuis; appuis transparents, mais aussi parfois tacites, implicites et occultes. D'autre part, ce n'est pas la publicité payée qui est vraiment efficace, mais la publicité gratuite faite par les médias, les commentateurs, les éditorialistes
5 - L'exclusion des"petits partis " qui est un veto à l'évolution de la pensée politique : Notre démocratie est essentiellement de bipartisme. Les tiers partis n'y ont que peu de place et, si ce bipartisme est un facteur de stabilité et de consensus, il faut, toutefois, sous peine de stagnation de la pensée politique, de la démocratie et de la structure sociale elle-même, encourager l'émergence de nouvelles visions et de nouveaux partis.
6 - La démarche à huis clos de conception et de préparation des lois : La démocratie, même représentative dans son application, ne devrait pas se réduire à une intervention ponctuelle du citoyen au choix de ceux qui décideront pour lui de son avenir. Elle devrait signifier la participation continue du citoyen au processus de décision politique, mais aussi à l'identification des problèmes, à l'étude des solutions à leur apporter et à l'élaboration des lois venant encadrer l'application de ces solutions.
7 - L'absence de contrôle efficace du citoyen sur l'application des lois : La démocratie actuelle ne prévoit pas de suivi par les citoyens des gestes par l'Administration en exécution des décisions prises par les législateurs. Le pouvoir exécutif ne fait pas de place utile au citoyen au sein des mécanismes de contrôle de l'Administration. Il ne lui laisse, seul devant la machine étatique, que le recours judiciaire, lent, coûteux, complexe.
Le site de l'UNESCO apporte un élément complémentaire lors de la journée mondiale de la liberté de la presse.
"Les médias font office de vecteurs de transmission d'une pluralité de points de vue et d'une multiplicité de paroles, permettant ainsi l'exercice de la citoyenneté par la participation, la critique et le vote. Des citoyens bien informés peuvent mieux et plus activement participer au processus de prise de décisions dans leur société.
Sur un plan plus fondamental, les médias encouragent l'acquisition de connaissances civiques et facilitent le débat sur les enjeux du moment.
Fondamentalement, le rôle des médias en matière de démarginalisation et de citoyenneté consiste à comprendre que la liberté de la presse ne se limite pas à la liberté pour les journalistes de rendre compte des faits et de les commenter ; elle est aussi en lien profond avec le droit pour le public d’accéder librement à l'information et à la connaissance et de participer activement à la vie politique."
On peut également citer le livre de Yves Sintomer "le pouvoir au peuple" dans lequel l'auteur démontre qu’un nouveau terrain politique est en train d’émerger : Face à la « démocratie » d’opinion et à sa fascination obsessionnelle pour les sondages, une démocratie participative s’invente où les citoyens et les mouvements sociaux peuvent prendre leur part.
Ou encore Eve Lamont, cinéaste canadienne, pour qui le pouvoir citoyen réside non pas dans les institutions politiques, mais dans
la pression populaire exercée par des gens ordinaires qui s'organisent et se font entendre dans la rue.
Des éclairages et des points de vues qui seront certainement repris et complétés ce soir par les interventions de ceux qui participeront au débat et dont je vous ferai une petite synthèse.